Ce qu'on ne dit pas sur l'orientation post-bac (à destination des indécis)

Diane Seilinger

Le choix communément accepté comme "le meilleur" ne sera pas forcément celui qui te conviendra. Et c'est normal.

Pendant toute ma scolarité, j'ai été une élève dite "modèle". Je n'étais pas toujours très sérieuse en cours, mais mes professeurs me pardonnaient facilement car j'étais motivée, agréable, et surtout j'avais des très bonnes notes. La vérité, c'est que j'avais des bonnes notes facilement, je n'avais pas vraiment besoin de travailler plus que ça pour y arriver.

Quand est venue l'heure du choix du lycée et de ma filière, on m'a naturellement orientée vers la filière générale dans un grand lycée public, le meilleur que je puisse avoir. Première erreur. Moi qui avait toujours été une bonne élève, je me suis effondrée en seconde. J'avais suivi ma scolarité au collège dans un tout petit établissement, et je venais d'être jetée dans un lycée tellement énorme qu'il en devenait complètement anonyme.

Le corps enseignant avait trop d'élèves pour se souvenir des prénoms, et, honnêtement, je pense qu'il s'en fichait. L'enseignement n'y était pas humain. Les seuls élèves qui méritaient l'attention étaient ceux qui y arrivaient. Les plus forts avançaient, les plus faibles coulaient. J'étais parmi les plus faibles, et plus je coulais, moins on venait m'aider. J'ai donc redoublé, mais cette fois-ci dans un plus petit lycée, plus adapté à mes besoins. Après une première Seconde à 8 de moyenne générale, j'ai fini par avoir mon baccalauréat avec presque 18 de moyenne et à intégrer (sur dossier), une des universités de droit les plus réputées de Paris. La seule chose qui a changé, c'est mon environnement d'apprentissage. Et c'était suffisant pour faire toute la différence.

La première leçon est celle-ci : nous avons tous des personnalités, des besoins et des méthodes d'apprentissage différentes. Ce qui conviendra à quelqu'un d'autre ne te conviendra pas forcément. La société nous apprend qu'une filière est mieux qu'une autre, qu'un établissement est mieux qu'un autre,... Mais la seule chose qui importe, c'est que tu trouves un établissement et une filière qui te convienne. Qui te convienne à toi. Qui corresponde à tes besoins en terme d'apprentissage et de bien être. Certaines personnes excellent sous la pression, d'autres s'effondrent. Certaines personnes aiment l'anonymat, d'autres ont besoin de plus d'accompagnement personnalisé et d'une relation avec le corps enseignant. Que tu sois dans le premier cas ou dans le deuxième, cela n'a pas d'incidence sur ta valeur en tant qu'individu et en tant qu'étudiant. En revanche, il est essentiel que tu le saches pour que tu sois heureux.se dans tes études et que, ainsi, tu réussises bien. 

Ce que je dis pour le passage du collège au lycée vaut aussi bien pour le passage du lycée aux études supérieures, ou plus tard, même dans la vie active.

A mon sens, c'est une erreur d'utiliser les résultats académiques comme un marqueur d'orientation post-bac. Aux excellents élèves, on conseillera souvent en priorité des études longues et réputée comme "difficiles" (médecine, droit, sciences politiques,...). Personnellement, à l'époque, je voyais le fait de partir dans des BTS ou des études plus courtes et plus pratiques comme un échec, comme une forme de sous-classement. Si c'est ton cas, sache que c'est faux. Le plus important, c'est ce que tu veux faire. Quand tu entreras dans la vie active, on s'en fichera de que quel baccalauréat tu as fait, la chose qui comptera sera tes compétences et ton diplôme. Aller en droit parce que c'est ce qui est dans la ligne mire "logique" de tes résultats alors que tu es passionné.e par le maquillage, c'est une ineptie. Ce n'est peut être pas bien vu par la société ou par l'entourage, mais qu'importe. Crois moi, ça finira par te rattraper un jour. Autant gagner du temps aujourd'hui :)

Mais que faire si tu ne sais pas ce qui t'attires ? 

Se tromper, changer de voie, recommencer... C'est normal, ce n'est pas un échec.

Eh oui, demander à une personne tout juste sortie de l'adolescence de savoir ce qu'il/elle veut faire pour le reste de sa vie, c'est beaucoup de pression et puis, surtout, c'est ridicule. A moins d'avoir une véritable passion pour quelque chose et de le savoir, ce n'est pas simple. Si tu ne sais pas ce que tu veux faire, c'est non seulement normal, mais ça peut aussi être une bonne chose.

L'être humain apprend et se construit tous les jours. Il évolue en permanence, il change. Il affine ses goûts, il s'en trouve des nouveaux. On apprend à se connaître toute sa vie. Tu dois faire un choix bientôt, c'est une chose. Aujourd'hui, on te présente un certain nombre de voies, en fonction de beaucoup d’éléments (tes résultats académiques, ta situation financière, ta situation familiale,...). Je peux te garantir que si ce choix aujourd'hui te paraît immensément important, décisif pour ton avenir, ce n'est pas entièrement faux, mais ce n'est certainement pas vrai. Il y a une TONNE de formations, une TONNE de métiers que tu ne connais pas et auxquels tu n'as jamais pensé, et un jour tu pourras tomber sur l'un d'entre eux et te dire "ah mais oui mais bien sûr !"

On dit souvent que choisir telle ou telle filière ne "fermera pas de portes". Une formation fermera toujours des portes. Certaines portes seront fermées dès lors que tu ne les choisira pas directement post-bac. Certaines portes ne se fermeront jamais. Aussi, ne perd pas de vue que certaines formations demandent des compétences importantes dans des matières que tu ne pratiqueras pas forcément dans une autre formation après le bac (je pense notamment à une passerelle licence en droit -> médecine, qui, même si c'est la fac donc c'est possible, me paraît très compliquée). Ce n'est donc pas faux de prendre le moins de risques possibles quand tu choisis ta formation "par défaut", ou "en attendant". Maintenant, ne te met pas la rate au court bouillon non plus... Tu trouveras ton chemin :)

Ce que personne ne dit jamais dans le milieu de l'orientation scolaire, c'est que les réorientations sont extrêmement courantes. Je n'ai que des exemples autour de moi. Puisque l'être humain change constamment, surtout les jeunes adultes, les changements d'itinéraires sont non seulement normaux mais très fréquents. Je pense à mon copain, qui après le bac est parti en BTS jardinier paysagiste, pour finalement ne même pas compléter sa première année et partir en école de commerce. Je pense à mon père, qui est parti en médecine pour finalement, bien qu'il ait passé sa première année, partir en commerce à Dauphine. Je pense à des amies de la fac de droit qui ont fait une école de journalisme avant de devenir avocates. Je pense à moi-même, qui ait fait une licence en droit avant de décider que finalement, ce que je veux, c'est la vie d'artiste. 

Une errance scolaire n'est pas forcément un échec. Ce n'est pas du "temps perdu" ou de "l'argent jeté par les fenêtres". Ou en tous cas, pas nécessairement. Les études forgent un caractère, donnent des expériences, et plus on a d'expérience, plus nous sommes des humains intéressants et complexes. Mes études de droit, à première vue, n'ont aucun rapport avec mon métier d'artiste. Et pourtant, elles font de moi ce que je suis, elles me donnent un avantage par rapport aux autres, dans ma manière de travailler, dans mes méthodes, dans mes connaissances. 

Evidemment, savoir ce que tu veux faire directement, c'est bien. Chacun a son parcours. Sache juste que ton choix n'est jamais définitif, et que si tu veux, tu peux changer. Tu ne pourras peut être pas tout faire, mais il te restera tellement de possibilités que je sui sûre que tout ira bien. Si tu t'en donnes les moyens, le plus important c'est que tu arrives là où tu seras heureux.se, peut importante les chemins que tu prends pour y arriver.

En définitif, ce que j'essaie de dire, c'est que l'erreur est permise, et que les accidents peuvent arriver. 

Les accidents de parcours, ce n'est pas grave.

Quand je suis arrivée en droit, j'ai fais une très bonne L1, validée avec mention. Et puis, en L2, j'ai commencé à fréquenter des gens dans le milieu du spectacle vivant, et mon attrait a de plus en plus grandi pour cet univers. J'ai commencé à accepter ce que je voulais vraiment faire et à l'assumer pleinement. Mes études de droit m'ont alors semblées de plus en plus futiles, mon avenir me semblait si sombre dans cette voie. J'ai finis non sans mal ma licence, redoublant ma troisième année, et validant vraiment de justesse. Depuis, j'ai fais ce que je voulais vraiment faire, et ma vie a changé pour le mieux. 

Pourtant, je n'ai ni honte ni de regrets vis à vis de ce redoublement. Je sais ce que je pouvais faire et je sais pourquoi c'est arrivé. Je suis fière de mon diplôme, si important, même si je n'ai aucune intention d'y retourner (et vu mes résultats, c'est de toute manière peu problable que je trouve un master). Cet "accident de parcours" m'a forgée. Il faut être bienveillant avec soit-même. Les études supérieures peuvent être dures et cruelles, surtout pour les personnes indécises. Il faut prendre tout ce qu'il y a a prendre, et ne pas laisser ces années se perdre. Alors, se tromper, ce n'est pas grave. C'est formateur.

Conclusion

Pour conclure mon article, je dirais : respire. Tout ira bien. Tu es une personne en constante évolution qui trouvera son chemin à son rythme, qui fera son parcours, qui fera son propre chemin et qui trouvera sa place. En son temps. Même si ton rythme n'est pas le même que celui des autres, cela ne te rendra que plus fort et plus intéressant pour tes futurs employeurs du fait des expériences que tu vas accumuler :) 

Alors prend un stylo, une feuille, et note ce que tu sais de toi, tes forces, tes qualités, tes centres d'intérêts et renseigne toi l'esprit tranquille. Fais des choix éclairés, intelligents, qui te correspondent à toi. Pas à tes parents. Pas à tes amis. Pas à ta famille. Pas à la société. A toi. C'est comme ça que tu limiteras le risque de te tromper de voie. Et prend toujours ce que tu as à prendre, dans toutes les situations. Travaille pour avoir ce que tu veux. Donne toi les moyens financiers de te tromper. Les meilleurs choses dans la vie n'arrivent pas facilement :) 

Tu trouveras ta place. Et ça en vaut la peine. 


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