MANIFESTE


Nous sommes de la génération de ceux qui ont eu leur bac en 2008, nous avons aujourd’hui entre 27 et 28 ans et nos études sont (fraîchement) derrière nous.


Nous avons dorénavant le recul nécessaire pour reconsidérer les choix d’orientation faits il y a dix ans, d'autant plus que certains sondages estiment que 60% d’entre nous auraient souhaité faire un autre choix. Il faut dire qu’à l’époque nous n’avions que très peu d’informations sur les différentes formations qui se proposaient à nous. Nous avons alors fait nos choix en fonction du peu que nous savions, de ce que notre entourage ou notre dossier scolaire nous imposait.

En 2018, c’est au tour de nos cadets de faire leurs voeux. Et si dix années d’évolutions technologiques ont permis aux moyens d’information et de communication de se développer de manière exponentielle (beaucoup d’entre nous ne connaissaient pas Facebook en 2008), il est inquiétant de voir que les bacheliers actuels sont autant dans le flou que nous à l’époque…

Ce manifeste s'adresse donc avant tout à ceux qui passent le bac cette année pour qu’ils ne vivent pas la même situation que nous, les 2008. Car voici un petit aperçu du retour d’expérience de ceux qui ont dû « choisir leur avenir » il y a dix ans :

En 2008, nous sommes allés en médecine. Peu ont réussi à passer le fameux numerus clausus de la première année. Nous nous sommes alors réorientés en IFSI (infirmier) en France, en école de kiné en Espagne, et même en BTS Professions Immobilières.

Nous sommes également allés en droit. Bien peu sont aujourd’hui avocats, même après obtention d’un Master et du fameux Barreau. Nous n’étions pas de mauvais élèves, bien au contraire. Nous nous sommes juste aperçus à la fin de nos études que la France n’avait pas besoin d’autant d’avocats et qu’on ne pouvait pas nous proposer mieux qu’un SMIC… Nous sommes alors devenus commerçants, professeurs, entrepreneurs. Certains se sont même reconvertis dans le cinéma.

Nous avons fréquenté les bancs des universités en DUT et licence. Nous sommes alors tous partis dans des voies différentes : vous nous trouvez aujourd’hui dans la finance à Paris ou à Londres, développeurs Web ou dans la recherche linguistique.

Nous avons obtenu des BTS et des CAP, des filières déjà peu valorisées à l’époque. Nous avons aujourd’hui créé nos entreprises, nous nous occupons de personnes âgées et nous contribuons à rendre meilleur le quotidien de beaucoup de Français.

Quelques-uns d’entre nous sont allés en classe préparatoire. Nous sommes allés dans des écoles « bien classées » et dans d’autres « moins bien classées ». Après cela, nous sommes devenus managers ou ingénieurs, même si une partie d’entre nous a fait d’autres choix : nous sommes alors devenus instituteurs, commissaires-priseurs ou même stylistes.

En 2018, nous sommes bouchers à Niort, boulangers à Toulouse et chocolatiers à New-York.

Nous sommes pompiers, gendarmes et militaires.

Nous sommes dans les assurances, l’aménagement du territoire et l’humanitaire.

Nous sommes députés, conseillers municipaux et postiers.

Nous sommes cadres, artisans et entrepreneurs.

Nous sommes restés en France, et nous sommes partis vivre à l’autre bout du monde.

Nous sommes beaucoup de choses mais ce qui est certain c’est que nous sommes peu à être devenus ce que nous avions en tête en 2008.

Le monde a changé en dix ans, et nous aussi : nous nous sommes adaptés et nous continuerons à faire de même. D’ailleurs, pas besoin d’être devin pour affirmer que le monde continuera à changer de plus en plus vite, pour le meilleur comme pour le pire.

La génération qui obtiendra leur baccalauréat en 2018 aura sans doute encore plus de choses à raconter en 2028.

Car raconter, c’est la clef !

Découvrir l’expérience et le parcours de ceux qui sont de quelques années leurs aînés pour connaître leur point de vue sur les formations, les écoles, les futurs métiers est essentiel dans le choix de ses études. Cela est d’autant plus vrai, que probablement ces aînés sont les mieux placés pour décrypter les bouleversements technologiques, la transformation des métiers ainsi que les changements de paradigme de notre société.

Pourquoi alors ne pas profiter de l’ère du numérique pour créer un immense réseau social d’échanges entre étudiants ?

Parce que la France est une vieille dame, et qu’elle n’aime pas trop le changement, surtout quand il s’agit d’éducation… C’est triste, parce que non seulement nous nous privons de nouveaux outils adaptés au monde actuel, mais surtout parce que notre système éducatif n’évolue pas au même rythme que le reste du monde.

Mais ce qui est encore plus triste, c’est qu’en ne voulant pas faire changer les choses, nous sacrifions des générations d’étudiants et nous nous étonnons des taux d’échecs actuels en licence, du nombre de décrochages scolaires chaque année, sans parler d’un taux de chômage des jeunes diplômés alarmant.

La génération de 2008 en sait quelque chose, nous avons vécu et continuons à vivre les conséquences de cet immobilisme.

Mais en 2018, dans cette période de réformes étudiantes portées par un nouveau gouvernement, qui semble en fait ne pas réformer grand chose, nous avons décidé qu’il était temps de prendre nous-mêmes les choses en main.

C’est pourquoi nous avons rédigé ce manifeste et créé Study Advisor : une plateforme de mise en relation entre étudiants pour discuter gratuitement de leurs parcours et expériences, mais avant tout en tant que grands frères et grandes soeurs ayant eu leur bac en 2008.

L’objet de notre manifeste est un cri d’alarme qui attend davantage que de simples réformes de façade, mais une révolution. Une révolution douce, rapide, simple qui repose sur trois propositions fondamentales :


1. FAIRE CONFIANCE AUX JEUNES

Notre monde ne cesse d’être confronté à des changements de paradigmes technologiques de plus en plus rapides, de plus en plus violents.

Il devient difficile de tout suivre et de tout comprendre, surtout quand nous nous sommes habitués pendant des années à d’autres modèles : de nouveaux métiers voient le jour, de nouveaux langages, de nouvelles monnaies, de nouveaux comportements de consommation et de communication. Ces évolutions vont à une telle vitesse que l’arbre de la connaissance évolue désormais bien plus rapidement que les capacités de l’esprit humain, l’érudition n’est de ce fait plus possible à notre époque.

L’idéal du « vieux sage au sommet de sa montagne » connaissant les secrets du monde et de l’humanité dans ses moindres recoins est devenu une utopie, une idée témoignant de notre nostalgie d’un temps révolu. Chacun devient spécialiste d’un domaine de plus en plus restreint, et seule une mise en commun de ces connaissances expertes permet une compréhension globale du monde qui est aujourd’hui le nôtre. Savoir écouter et faire confiance aux jeunes qui vivent et se spécialisent dans les changements technologiques actuels, qui comprennent leurs fonctionnements et leurs enjeux paraît donc faire sens.

D’autant plus sens quand il s’agit pour de jeunes étudiants de trouver la formation qui leur  permettra de trouver leur place dans ce monde en mouvement.


2. OUVRIR LE MONOPOLE DE L’ÉTAT

L’éducation est depuis longtemps le budget de l’État français le plus important avec 70 milliards d’euros. Une bonne nouvelle direz-vous, pas tant que ça… Car ces 70 milliards financent avant tout un entêtement de l’administration à tout vouloir gérer elle-même, sans faire confiance à ses concitoyens qui souhaitent participer à améliorer notre système éducatif.

Et si nous faisions confiance aux startups françaises liées à l’EdTech (Technologie pour l’Éducation) marginalisées en France alors que celles-ci font la fierté des systèmes éducatifs américain et asiatique ? Des technologies pensées et développées par des jeunes diplômés pour contribuer à la réussite de futurs diplômés ne semblent pas être à l’ordre du jour chez nous, allez savoir pourquoi…


3. ARRÊTER LA GUERRE DE TOUS CONTRE TOUS

De nombreux acteurs existent aujourd’hui, publics comme privés, pour permettre aux étudiants actuels de trouver des réponses à leurs questions sur leurs futures formations : professeurs principaux, conseillers d’orientation, salons d’orientation, sites à contenus type ONISEP, associations d’étudiants, startups EdTech, etc. Tout le monde contribue à sa manière, en apportant sa propre valeur ajoutée. Malheureusement chacun reste dans son coin car trop occupé à se faire une place face à un État omniprésent alors qu’une logique de « travailler ensemble » semblerait pertinente.

 

La réforme « Plan Étudiant » portée par le gouvernement en octobre dernier a représenté beaucoup d’espoir pour nous car elle était l’opportunité d’ouvrir enfin ce monopole à l'ensemble des acteurs expérimentés que nous représentons, tous ensemble. Une fois n’est pas coutume : nous nous sommes contentés de solutions excellentes sur la forme, mais tout aussi vides sur le fond car tournées uniquement vers un renforcement de la place d’un État déjà épuisé.

Conséquence ? Si la situation semblera s’améliorer à très court-terme, elle demeurera en réalité la même, voire se détériorera faute d’évolutions réelles…

L’avis des fondateurs de Study Advisor est que l'orientation des jeunes ne peut plus être vue comme un problème d'État, elle doit être reconnue comme un enjeu de société. De nombreux acteurs complémentaires se sont créés pour aider les jeunes à trouver leur bonne orientation : mutualisons ces services, créons un front commun et cessons une bonne fois pour toute de politiser l'avenir de nos étudiants.


CONCLUSION

L’État finance des conseillers d’orientation, des professeurs principaux et des fiches résumant les formations (ONISEP). À côté de cela subsistent des acteurs privés : salons d’orientation, associations étudiantes, startups EdTech.

Laissons-nous juste imaginer un instant que nous additionnions :

  • conseils de professionnels dans les CIO ;
  • encadrement de professeurs dans les salles de classes ;
  • fiches synthétiques disponibles sur Internet ;
  • salons où rencontrer les écoles dans les métropoles ;
  • plateforme d’échanges entre étudiants par téléphone

= nous aurions ensemble d’outils qui communiquent ensemble et qui apportent une véritable valeur ajoutée en matière de solutions d’orientation.

Mais si vous ne créez pas de lien, vous avez une guerre de tous contre tous. Dès lors, les étudiants ne sont plus une fin, mais un moyen. Un moyen de justifier son existence sur le marché. C’est regrettable mais la situation actuelle ressemble à cela : on préfère noyer le poisson plutôt que de le sauver.

Il est temps de dire stop et de prier l’Etat de réagir en se déchargeant sur nous, jeunes startups et acteurs expérimentés de l’éducation, d'une partie de ses responsabilités et cela, pour le bien commun.